Rien n'arrête une passion - Lucia Taylor

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Rien n'arrête une passion

Rien n'arrête une passion - Lucia Taylor

Pendant plusieurs années, le sous-sol de la maison avait servi de studio d’enregistrement à un de mes cousins. Grâce à cela, la maison était sans cesse animée par le va-et-vient incessant des chanteurs en herbe. La plupart avaient plutôt une voix rayée, un peu comme, pour ceux qui le connaissent, Normand L’Amour. Il était rare que l’on entende une vraie voix de la part d’un, ou d’une artiste ayant plusieurs octaves, et sachant passer de l’un à l’autre. Il y avait eu aussi une fois une voix très chaude, et pourtant éraillée, qui me plaisait particulièrement. C’était un vieux monsieur qui se convertissait au blues, alors qu’il n’avait chanté jusque-là, que de la musique country.

Il était arrivé une fois qu’une jeune femme essaye sa voix au micro. Elle avait besoin d’un entraînement intensif pour un concours. Alors qu’elle chantonnait quelques mélodies, ma grand-mère tendait l’oreille ce jour-là. Elle descendait pour indiquer à la jeune femme comment contrôler son souffle, et comment ne pas trop forcer sur sa voix. Lorsque la jeune femme repartait, elle sortait avec elle pour lui donner quelques conseils pour la pousser vers une carrière prometteuse. C’est ainsi que l’on vivait chaque jour. Des sons qui sortaient des profondeurs de la maison, et des artistes qui buvaient quelques boissons chaudes ou fraîches, dans la cuisine. J’ai beaucoup aimé cette époque.

Un jour, alors que j’étais tranquillement dans ma chambre, j’entendais mon cousin crier. Il avait failli s’électrocuter. De l’eau avait traversé le sol pour se répandre insidieusement pendant la nuit. Il est vrai que, cela faisait quelques années que le drainage n’avait pas été fait. Cela avait grillé presque tout le matériel. Malgré le remboursement de l’assurance, mon cousin n’avait jamais retrouvé l’entrain d’ingénieur du son qu’il avait eu auparavant. Ma grand-mère avait fait tellement d’efforts pour le raisonner, et le consoler d’avoir perdu ses tables de mixage. Elle lui faisait comprendre que c’était une façon que le destin prenait, pour lui faire comprendre qu’il fallait repartir de zéro, pour reconstruire quelque chose de nouveau, et d’aller de l’avant. Il n’en décolérait pas. Il annulait tous les rendez-vous de tous les artistes qu’il devait enregistrer dans son studio. Deux ans plus tard, il rebâtissait un autre studio professionnel dans un autre immeuble, mais cette fois, au dernier étage. Chat échaudé craint l’eau froide. Les amoureux du son ne peuvent jamais se passer d’être à l’écoute de bons chanteurs, ou de bons musiciens. Ils ont toujours ce même souci d’être à la découverte de la perle rare, pour l'offrir au monde de la musique.