Des pièces de collection - Lucia Taylor

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Des pièces de collection

Des pièces de collection - Lucia Taylor

J’avais retrouvé dans le coffre à bijoux de ma grand-mère, un peigne à cheveux orné de feuilles imitant le gui. Des perles figuraient les boules blanches des baies. Un pendentif, qui pouvait aussi s’accrocher en broche, montrait deux hirondelles qui se croisaient. Je fis des recherches pour savoir si c’étaient des colifichets ou de rares et précieux ornements dont je venais d’hériter. Les petits diamants enchâssés dans une tige étaient-ils véritables ? Il me semblait que les oiseaux étaient faits d’émail. Quant au peigne, il semblait si fin et si délicat que je pensais qu’il était certainement copié sur une œuvre bien plus précieuse. Les feuilles étaient-elles dorées ou d’or ? J’allais en ville chez un antiquaire que je connaissais bien pour lui avoir rendu visite de nombreuses fois. Il avait toujours quelque objet insolite qui manquait à ma collection.

Son petit panneau annonçait qu’il avait dû fermer exceptionnellement pour tout l’après-midi. J’avais un ami, à quelques pas de l’endroit où je me trouvais, qui avait de grandes connaissances en art. Je l’appelais pour savoir s’il était à son domicile. Il m’invita à passer prendre un thé, car il savait que cette boisson était ma préférée. Lorsque je poussais la porte de sa maison, je sentis l’arôme de l’earlgrey se déployant dans le salon. Une théière japonaise emplie du breuvage odorant laissait échapper par son col un filet de fumée. J’adore la distinction de cet objet. Plate et fine, sa théière est décorée de feuilles d’érables ; en fonte, elle est peinte en rouge vermillon. Des chawan, ces tasses à thé traditionnelles japonaises, étaient posées à côté, leurs couvercles placés sur le dessus. La décoration de mon ami était directement inspirée des arts asiatiques. Mais je savais que ses connaissances en matière décorative allaient bien au-delà de ce style.

Il inspecta attentivement les pièces que je lui tendis. Je buvais mon thé pendant ce temps-là. Le temps, d’ailleurs, chez lui, était comme suspendu. Il était en pleine ville, mais son petit jardin était si serein que, juste à le contempler à travers la baie vitrée, je retrouvais ma paix intérieure. Pour finir, il posa délicatement les objets sur la pochette de velours noir qui m’avait servi à les emballer. Il me recommanda de prendre un bon conseiller financier, car j’avais des pièces rares et précieuses que je pourrais revendre à un prix considérable. Il ne connaissait qu’un seul musée où de telles œuvres étaient exposées.