Dans l'antre de ma voisine - Lucia Taylor

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Dans l'antre de ma voisine

Dans l'antre de ma voisine - Lucia Taylor

La télévision de ma voisine hurlait les prévisions météorologiques. J’avais entendu juste avant une émission sur le droit, qui avait succédé à un programme destiné aux enfants de moins de trois ans. Comment faisait-elle avec tout ce bruit pour se concentrer ? Elle était censée travailler sur un tableau. Nous étions amies et je savais que créer était sa passion. Elle avait beaucoup d’idées, elle se lançait dans certains projets pharaoniques, qui auraient dérouté beaucoup d’autres personnes. Mais pas elle, car son énergie constante était formidable. J’adorais aller dans son antre. De grandes toiles inachevées étaient rangées sur un des murs. Des objets design qu’elle avait fabriqués étaient présents partout ; chaises, table, canapé, tout était signé d’elle. Elle s’était alliée avec un menuisier qui tenait plus du maître d’œuvre que de l’artisan. Le chêne avait sa préférence. Les meubles étaient sans angle, en bois très clairs. Un grand tapis d’une blancheur immaculée s’étalait dans le salon. Un cube de bois servait de table, des tabourets en rondins l’accompagnaient.

Je me décidais à aller la voir. Je ne voulais pas passer mon jour de repos avec autant de bruit autour de moi. Quand je frappais à sa porte, elle ne me répondit pas. Le son était si élevé qu’elle ne devait pas entendre mes coups répétés. Je lui envoyais alors un message. En substance, je lui écrivais que j’étais devant chez elle. La porte s’ouvrit sur ma voisine. Échevelée, tachée de partout, elle me fit entrer. Enfin, elle baissa le volume ! Je lui expliquais brièvement la raison de ma venue. Elle me répondit qu’elle était sur une création inspirée par les programmes télévisuels. Je lui demandais quand son œuvre serait terminée. Une bonne semaine au moins, me répliqua-t-elle sans ciller. Tout ce temps encore !

Une idée me vint. Je lui demandais de ne pas bouger, je reviendrai bientôt. J’allais en ville, un magasin vendait les accessoires que je comptais lui offrir. Je marchais sans prendre de transport, il paraît que c’est idéal pour maigrir rapidement. Mes emplettes terminées, je retrouvais mon amie dans son logement. À part deux repas pris chez le traiteur asiatique, mon autre paquet renfermait une paire d’écouteurs montés sur un gros casque. Il marchait sans fil et se connectait aux appareils via un boîtier. C’était l’accessoire indispensable pour qu’elle écoute la télévision, mais aussi de la musique. Elle resterait inspirée, sans me déranger. Ce compromis était parfait.