Comment on crée une vocation - Lucia Taylor

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Comment on crée une vocation

Comment on crée une vocation - Lucia Taylor

Lorsque j’étais jeune, pour gagner un peu d’argent, je gardais de temps en temps, des enfants le soir quand des parents voulaient souffler un peu. Il y avait aussi d’autres parents qui travaillaient pendant le week-end, et qui me demandaient de les emmener à la ronde pendant les beaux jours d’été. Il y avait ceux qui me demandaient d’aller chercher leurs enfants après leur cours de musique, ou leur entraînement sportif. Enfin, j’avais eu un cas où je devais aller chercher une fille de dix ans chez un dentiste Côte-Vertu. Elle en sortait en pleurant. Elle m’avait fait toutes les gammes, jusqu’à la maison. De la note la plus basse, à la plus haute, nous avions passé plusieurs rues, avant qu’elle ne se calme. Non pas qu’elle n’avait plus mal, mais tout simplement, parce qu’il lui était plus facile de me donner des coups de pied, lorsque j’imitais ses hurlements. Elle m’en tenait rancune pendant longtemps, car je n’avais plus eu de nouvelles de ses parents pour une garde éventuelle.

Le temps passait. Il m’arrivait de temps en temps de revoir dans la rue, ou ailleurs, ces enfants devenus adultes. Certains venaient me saluer. D’autres, me faisaient un sourire de loin, et quelques-uns, m’ignoraient totalement. Il est vrai que l’on ne peut pas plaire à tout le monde, cependant, cela me faisait un petit peu mal. Un jour, je finissais par revoir dans un salon de thé, la petite Cassandra, qui était devenue femme. Je n’avais d’elle, que le souvenir d’une petite fille qui m’avait chanté toutes ses douleurs, pendant plus d’une demi-heure. Je faisais semblant de ne pas l’avoir vu, car je pensais qu’elle serait bien la dernière à vouloir me voir. Un quart d’heure plus tard, une assiette avec une belle part de gâteau, accompagnée d’une tasse de thé, glissait vers moi. Elle m’offrait de quoi partager un moment avec elle. Elle avait sur le visage, un charmant sourire, rien à voir avec celui qu’elle me laissait en souvenir. Je comprenais au bout de quelques minutes, qu’elle avait quitté Montréal juste après notre rencontre. Elle me rappela notre fameuse sortie, où je m’étais moqué d’elle, en faisant des gammes à chacun de ses cris. Elle était maintenant chanteuse, et était à Montréal pour une audition dans un ensemble philharmonique très connu. Je souriais pendant tout le temps où elle me parlait de sa vie. Finalement, je n’avais fait que tracer la route de la vocation de cette jeune fille. Une petite prime pour ça ? Je blague… Bonne chance ma belle !